No icon

« Weldi » de Mohamed Ben Attia

L’enfant conçu comme un projet de vie

Avec « Weldi » Mohamed Ben Attia signe son deuxième long métrage fiction. Dans ce film, le réalisateur et scénariste tunisien opère une plongée dans la vie d’une famille dont la tranquillité volera en éclats de manière complètement inattendue.

Il s’en dégage une problématique bien d’actualité.

Mohamed Ben Attia peint, dans sa deuxième fiction d’une heure quarante-quatre minutes (1h44min) , une famille à la fois soudée et fragile. D’un côté, il y a Riadh. Un père de famille très aimant, attentionné envers son fils. Parfois un peu candide, il prend la vie avec une certaine légèreté. De l’autre côté, il y a Nazli, la mère. Plus réaliste, elle sait prendre le contrôle des choses, quitte à jouer souvent le rôle de chef de famille. Entre les deux, se trouve Sami, le fils « chéri ». C’est un adolescent en quête de son identité et se sentant, par moments, oppressé par tant d’amour de la part de ses parents. Le réalisateur montre, là, des parents coupés du monde dont la seule occupation est de veiller au bien être de leur enfant. En effet, la caméra suit de très près les personnages, mettant à nu leur intimité et brisant, ainsi, toutes les barrières que cette famille a toujours dressées face au monde extérieur.

Sami, « l’espoir » de ses parents, est sur le point de passer le bac et cela attire toute l’attention de ses parents. Ils attendent, de leur garçon, qu’il réussisse à son examen afin de poursuivre plus tard des études universitaires. Mais de terribles migraines, entrainant des évanouissements du jeune homme, viennent troubler la quiétude des parents. Ces derniers se donnent alors pour mission de guérir leur enfant de ce mystérieux mal.

Mais Mohamed Ben Attia compte bien susciter, chez le spectateur, d’innombrables questions quant à la suite du film. Contre toute attente, Sami disparaît, brusquement, à quelques jours du baccalauréat. Ses parents sont plongés dans un total désarroi. C’est alors que le titre du film revêt tout son sens, « Weldi » ou « mon chère enfant ». Certes, cette phrase peut paraître très simple, mais elle représente « un cri de cœur » pour Riadh. Le père entamera un périple à la recherche de Sami, parti en Syrie.

Dès lors, de nombreuses questions se posent. Comment cela a pu arriver ? Pourquoi Sami est-il parti en Syrie, lui qui, de nature, est respectueux et sage ? Comment reconnait-ont les potentiels combattants en Syrie? Viennent-ils de familles pauvres? Riches? Modestes? Croyantes? D’immigrés?

Pour le réalisateur il ne peut pas y avoir de modèles types car tous les profils socio-économiques peuvent être de potentiels combattants en Syrie, « On ne peut cataloguer un quelconque groupe ou une tierce personne parce qu’autant il y a des tunisiens, il y a également des belges, des français, des médecins, des pauvres, etc. Je ne suis donc pas à mesure d’expliquer cela » soutient-il.

Le réalisateur en plein échange avec son acteur principal pendant le tournage du film "Weldi"

Nous retenons, alors de ce film, cette force qui s’impose à nous qui invite à lâcher prise dans certaines situations, face aux vicissitudes de la vie. Les raisons du départ de Sami en Syrie sont introuvables. De même que celles de l’échec de son père dans la tentative de le retrouver. La mort tragique de Sami loin de chez lui, et la séparation de ses parents après sa disparition restent, elles aussi, inexplicables. Ce sentiment d’impuissance nous montre que notre vie peut, du jour au lendemain, être bouleversée sans aucune raison apparente.

Nous retenons, également, de ce film la qualité du jeu des acteurs qui ont su nous transmettre différentes émotions. La colère, quand Riadh manque, de peu, de se battre avec un camarade de son fils dans la cour de l’école parce qu’il accuse ce dernier d’être à l’origine de la disparition de Sami. Le père de famille empoigne avec fureur les cols de l’adolescent, sous les regards horrifiés de ses camarades. Le désespoir, aussi, est contagieux lorsque Riadh, de retour à la maison sans son fils, essaie, tant bien que mal, avec son épouse d’avoir une vie normal. Ce couple qui, autrefois, partageait les repas avec son fils dans la joie, malgré les problèmes quotidiens, le fait maintenant dans un silence pesant. De même, on est envahi de joie quand les parents apprennent, via une webcam, qu’ils sont grands-parents d’un garçon né en Syrie. Heureuse, la désormais grand-mère fond en larmes. On est, enfin, triste avec Riadh qui, les larmes aux yeux, regarde le train s’éloignant avec Nazli. Cette scène traduit la rupture du couple.

« Weldi »,  produit par la société tunisienne Nomadis Images gérée par Dora BOUCHOUCHA, à travers ce drame familial, aborde une problématique sensible et d’actualité, le djihadisme. Le phénomène prend de l’ampleur et touche de nombreux pays dont le Burkina Faso.

Anaïs KERE

Comment As:

Comment (0)