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KOUDOUGOU 2019

« Pas d’or pour Kalsaka » de Michel K. ZONGO : Le mirage d’un Far West burkinabè

Après « La sirène de Faso Fani » en 2015, le burkinabè Michel K. Zongo est de retour avec un film dénonciateur. Avec pour titre « Pas d’or pour Kalsaka », le film était dans la compétition, catégorie documentaire, au 26e FESPACO et sélectionné au Festival Koudougou Doc actuellement e cours. A travers une métaphore bien américaine, le réalisateur pointe du doigt le désastre causé par l’exploitation aurifère à Kalsaka, une commune du Nord du Burkina Faso.

Qu’on ne s’y trompe pas ! Nous ne sommes pas dans l’Ouest burkinabè, mais bien dans le Nord. Mais peu importe pour Michel K. Zongo. Ici, l’allusion au pays de l’Oncle Sam n’a rien à voir avec la situation géographique. Il est question de ce qui attire en ce lieu ; de ce qu’on peut y prendre et, surtout, de ce qui y a été fait et laissé. En 2007, la commune de Kalsaka attire un monde nouveau pour ses habitants. Suite à la découverte d’un important gisement d’or, la société Kalsaka mining s’y installe avec d’énormes engins et des travailleurs expatriés. Au bout de six ans d’exploitation, au lieu des dix initialement prévus, la mine ferme ses portes. La désillusion des habitants de la localité est grande. Les promesses d’emploi de personnel local et de développement socio-économique, en somme d’une vie meilleure, se révèlent mirobolantes. Pire les conditions de vie se sont dégradées. Voilà la situation qui a interpellé le réalisateur. Adepte du documentaire de création, c’est la voix qu’il choisit pour en parler. Son inspiration, il la tire d’un genre qui a marqué son enfance, le western américain.

La référence est annoncée de manière anodine. Après avoir lu, in extenso à la télévision, le décret annonçant l’attribution du permis d’exploiter la mine d’or de Kalsaka à une société, la présentatrice donne la suite du programme de la chaîne. Le film de la soirée est un western. Commence, alors, « Pas d’or pour Kalsaka ». Le gros plan sur le visage du chef d’un des villages de la commune renseigne sur la gravité du sujet dont il sera question. Progressivement et sans grande surprise, le scénario se dévoile, mêlant réalité et fiction. A l’aide d’un montage alterné, et subtilement détourné, les villageois racontent tout le processus et les conditions de l’installation et de l’exploitation de la mine. Pendant ce temps, trois cavaliers, visiblement des cow-boys, sillonnent Kalsaka, sans but apparent.

Aperçu d'un grand trou, polluant la nappe phréatique 

Grâce aux témoignages des habitants, le choix créatif de Michel K. Zongo prend tout son sens. En effet, l’accès à la mine est interdit, même aux populations de la localité depuis le début de son exploitation. Celles-ci ne la connaissent qu’à travers le vrombissement des engins, les explosions de dynamite, l’odeur du gaz qui s’en dégageait et les expériences des rares locaux recrutés par la société. De plus, elles n’avaient aucun contact avec les employés expatriés. Ces derniers n’étaient visibles que quand ils traversaient la commune. Pour traduire cette réalité qui n’est plus saisissable, le documentariste utilise donc l’image du Far West avec ces cow-boys venus, avec leurs moyens, leurs codes, leurs manières de faire, sinon leurs lois, faire fortune. Ces aventuriers ne sont autres que Kalsaka mining et sa cohorte d’experts. Mais la compagnie minière n’est pas la seule responsable du malheur des villageois. Les autorités du pays sont, elles aussi, indexées.

Et, pour pointer le rôle complice de l’Etat, le cinéaste engagé émerge davantage. Dès le début du film, il se positionne à travers un récit conté. Il met sa parole dans la bouche du conteur burkinabè P. Gérard Kientéga, dit KPG. Le réquisitoire est lourd de sens parce qu’également interrogateur. Les problèmes engendrés par cette exploitation aurifère sont assenés par des cadrages précis. Tantôt en gros plans pour traduire au mieux le désespoir des victimes, tantôt en plans larges en plongée, démontrant l’ampleur du péril écologique généré. Michel K. Zongo va plus loin en commandant, aux frais de la production du film, une analyse des eaux de boisson de quelques villages pour démontrer qu’elles ont été polluées par les substances chimiques utilisées pour extraire l’or.

Avec « Pas d’or pour Kalsaka », Michel Zongo montre à quel point les richesses minières locales s’évanouissent, tel un mirage, au profit d’impitoyables aventuriers. Ce film lui permet, également, de s’inscrire, de manière résolue, dans le documentaire de création. En 2011, il avait annonçait sa couleur avec « Espoir voyage », son premier film. Un documentaire intimiste.

Annick Rachel KANDOLO

 

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